'Ndrangheta

’Ndrangheta
Image illustrative de l’article 'Ndrangheta
Positionnement de la Calabre sur la carte d'Italie

Date de fondation 1860
Fondé par (Origine supposée) Garduna espagnole
Lieu Drapeau de l'Italie Calabre, Italie
Territoire Italie (Lombardie)
Afrique du Sud
Autriche
Albanie
Allemagne
Australie
Belgique
Canada
Colombie
Espagne
États-Unis (État de New York, Floride dont Miami…)
France
Pays-Bas
Russie
Suisse
Togo
Maroc
Année active XIXe siècle à nos jours
Ethnies présentes Calabraise et Basilicaine
Nombre de membres 6000[1], répartis dans 136 familles avec 72000 associés[2].
Activités criminelles
Alliés

La ’Ndrangheta (ou mafia calabraise) est une organisation mafieuse de la région de Calabre, située dans le sud de l’Italie, à l’est du Mezzogiorno (villes principales : Reggio de Calabre, Crotone, Cosenza, Catanzaro). D’origine rurale comme sa voisine Cosa nostra, elle s’est développée sans trop attirer les médias et la répression policière. Il en résulte une difficulté à connaître son fonctionnement puisqu’il n’y a pas de repentis d’envergure[1].

Ses membres, appelés « Ndranghetistes » ( Zappia,Trapani ) , sont connus pour être de fervents adeptes de la « vendetta », n’hésitant pas à faire régner la terreur dans l’Aspromonte, région à l’extrême sud de la partie continentale de l’Italie.

Après s’être tournée vers les enlèvements, elle a abandonné cette activité dans les années 1980 car elle n’était pas assez rentable. Depuis, elle s’est orientée vers le trafic de cocaïne en alliance avec les cartels colombiens et mexicains. Selon le préfet de Calabre en 2005, « la ’Ndrangheta joue le premier rôle, au niveau mondial, dans l’approvisionnement en cocaïne »[1].

À la suite de l’affaiblissement progressif de la Cosa nostra sicilienne durant les années 1980-1990, phénomène dû à la stratégie suicidaire de l’ancien capo di tutti capi, Toto Riina, d’affronter ouvertement l’État italien, la ’Ndrangheta est devenue l’organisation criminelle la plus puissante de la péninsule tant pour le nombre d’affiliés qu’en termes de revenus[3].

Pour la seule année 2013, son chiffre d’affaires était estimé à près de 53 milliards d’euros, soit 3,4% du PIB italien[4].

La ’Ndrangheta commence à attirer l’attention du grand public en 2005, après l’assassinat de Francesco Fortugno, élu de La Margherita (centre-gauche) et vice-président de l’Assemblée régionale de Calabre, puis en août 2007, lorsque les médias relatent l’assassinat en Allemagne de six Italiens âgés de 16 à 39 ans, abattus à proximité de la gare principale de Duisbourg.

En mai 2008, le président américain George W. Bush, en s’appuyant sur le Foreign Narcotics Kingpin Designation Act, visant à réprimer les trafiquants de drogue, l’a ajoutée officiellement à la liste noire des organisations criminelles les plus dangereuses agissant sur le sol américain[5].

Histoire

Origine

’Ndrangheta a pour origine étymologique le mot grec « andragathía » (ἀνδραγαθία) qui signifie héroïsme et vertu[6]. Il pourrait aussi dériver de andraghatos, substantif du grec ancien d’Italie qui indiquait l’homme courageux ou bien ’ndranghetista, qualificatif nettement péjoratif cette fois, désignant un homme peu viril, danseur, bouffon, qui prenait part à la tarantelle[7].

Le ’ndranghetiste, du mot grec andragatos, qui signifie homme valeureux et courageux, a des origines lointaines. Thucydide et Plutarque parlent déjà de lui. C’est un personnage entier, sourcilleux sur son honneur, qui, lorsqu’il devient criminel, est un adversaire redoutable en raison de sa détermination et de sa férocité. Un officier français, Duret de Tavel, envoyé par le prince Murat en Calabre, écrit déjà en 1808 que « les Calabrais sont de stature moyenne, bien proportionnés et musclés. Ils ont une peau sombre, des traits marqués, des yeux vifs et brûlants. À cause des haines qui opposent les familles, ils sortent toujours armés de fusils, de poignards et d’une ceinture en forme de giberne qui contient des cartouches »[8]. Duret de Tavel savait aussi que la vraie force du Calabrais et du ’ndranghetiste lui vient de ses liens exclusifs et de son apparente arriération culturelle. L’archaïsme devient alors une défense et un atout. La ’Ndrangheta, dans son organisation, conteste son territoire à celui de l’État légal[6]. Mais la véritable naissance de la mafia calabraise remonterait aux années 1860–1870. Le premier témoignage officiel de son existence date de 1888, lorsqu’elle est dénoncée au préfet comme une secte criminelle « qui n’a peur de rien ».

En fonction des historiens, l’origine même d’une société criminelle en Calabre serait à chercher soit dans la Garduña, une organisation criminelle espagnole datant du Bas Moyen Âge soit dans une colonisation de la Cosa nostra sicilienne ou de la Camorra napolitaine. À l'appui de deux dernières hypothèses on avance qu’initialement les soldats de la ’Ndrangheta étaient appelés des camoristes, et que l’organisation elle-même était connue sous le nom d’Onorata Società (Honorable Société, ancien nom de la mafia sicilienne)[1].

La première fois que le mot 'Ndrangheta est mentionné auprès d'une grande audience est fait par l'écrivain calabrais Corrado Alvaro dans le journal Le Corriere della Sera en septembre 1955[9].

La ’Ndrangheta au XIXe siècle

La ’Ndrangheta ne naît réellement qu'au milieu du XIXe siècle sous la forme d'une mafia rurale. Ainsi, en 1884, le préfet Giorgio Tamajo dénonce déjà la présence de mafieux et de camorristes à Reggio de Calabre. De plus, le procureur du Tribunal de Palmi note entre 1880 et 1885 une forme de délinquance collective apparue avec la construction du chemin de fer passant par la ville.

En 1887, des témoignages marquent la présence de camorristes à Nicastro et l'année suivante, en 1888, on y retrouve même le premier code contenant les règles de l'organisation criminelle. En 1889, à Palmi, 24 personnes sont arrêtées, pour la plupart des journaliers et des artisans, ainsi que leur chef, le cordonnier Francesco Lisciotto. Un an plus tard, un nouveau procès entraîne l'arrestation de 92 personnes appartenant à une organisation criminelle opérant à Iatrinoli et Radicena (deux villages aujourd'hui au sein de la commune de Taurianova) et qui, selon les juges, serait née deux ans plus tôt sous le nom de «secte des camorristes».

La ’Ndrangheta des années 1970 au XXIe siècle

Jusqu'en 1975, la 'Ndrangheta restreint ses opérations à la Calabre, principalement impliquée dans l'extorsion et le chantage. Son implication dans la contrebande de cigarette augmente son champ d'action et son contact avec la mafia sicilienne et la Camorra napolitaine. Avec l'arrivée des gros contrats de travaux publics en Calabre, leur attribution à des entreprises sous contrôle de l'organisation devient une importante source de revenus. Des conflits interviennent quant à la redistribution des profits, ce qui mène à la première guerre de la 'Ndrangheta qui fit 233 victimes[10]. L'organisation était autrefois connue pour ses nombreux rapts lors desquels les victimes, généralement des gens riches, étaient enfermées dans des grottes ou des bergeries du massif de l'Aspromonte contre rançon[11]. Il est généralement admis que John Paul Getty III, kidnappé contre rançon en 1973, est une de leurs victimes[12].

Durant les années 1980, elle décida de changer d’activité, car les 157 enlèvements ne rapportèrent que 220 milliards de lires (113 620 000 ). Elle s’orienta alors vers le trafic de cocaïne beaucoup plus rentable en collaboration avec les cartels colombiens[11].

La seconde guerre de la 'Ndrangheta fait rage de 1985 à 1991. Cette guerre sanglante entre les clans Condello-Imerti-Serraino-Rosmini et ceux de Stefano-Tegano-Libri-Latella fait plus de 600 morts[13]. La mafia sicilienne contribue à mettre fin au conflit, notamment en proposant la création d'un superorgane de gestion et de coordination, appelé La Provincia, sur le modèle de La Cupola de la Cosa Nostra, pour gérer les conflits internes. En 1991, lors d’une réunion dans le hameau de Polsi, à San Luca, tout près du sanctuaire de la Madone , les différents clans arrivent à une médiation qui met fin à la terrible guerre interne entre le clan Da Stefano et celui des Imerti[5].

Depuis les années 2000, la 'Ndrangheta évite désormais toute confrontation violente et directe avec les institutions policières et judiciaires italiennes. Elle privilégie systématiquement les pratiques de collusion et de corruption qui lui permettent de se concilier les pouvoirs établis sans entrer en conflit avec eux. Elle prend garde également à ménager la population dont elle dépend en perpétuant des activités criminelles faiblement rémunératrices mais pourvoyeuses en emplois pour ses hommes de main[14]. Les activités de l’organisation sont plus tournées vers divers trafics et l’infiltration de l’économie réelle.

En février 2008, Pasquale Condello, considéré comme le chef le plus redouté et le plus respecté de la 'Ndrangheta, est arrêté[13]. En , 3 000 policiers sont mobilisés pour arrêter 315 membres de l’organisation et 60 000 000  de biens d’origine criminelle sont saisis à la suite d’écoutes et d’enregistrements vidéo de réunions de l’organisation[1]. Les autorités italiennes ont arrêté : Domenico Oppedisano, considéré comme le capo crimine, le chef criminel no 1 de la ’Ndrangheta à Rosarno (Calabre), et Pino Neri, le patron de l’organisation en Lombardie a été lui aussi arrêté. C’est d’ailleurs dans le nord que le coup de filet a été le plus décisif. Implantée à Milan depuis les années 1970, la ville étant devenue « sa capitale économique et financière », la branche armée de l’organisation aurait été décimée. La mafia calabraise est devenue, dans la région la plus riche du pays, une « colonie des clans », selon l’expression consacrée du magistrat Ilda Boccassini. L’exposition universelle de 2015 de Milan faisait d’ailleurs partie de leurs futurs chantiers[1].

Après les arrestations de 2010, l'homme le plus recherché de l'organisation criminelle était Ernesto Fazzalari. À son tour il a été pris en juin 2016 en Calabre[15].

En 2014, une opération conjointe entre les polices italiennes et le FBI dans l'opération New Bridge font arrêter des membres des familles du crime new-yorkaises Gambino et Bonanno. En juin 2014, le pape François dénonce la 'Ndrangheta pour leurs « adorations du diable et la captation du bien commun » et souhaite que l'église s'attaque au crime organisé, voulant que les mafiosi soient excommuniés. Un porte-parole du Vatican clarifie les propos du pape, expliquant que ces mots ne constituent pas une excommunication formelle sous la loi canonique. L'excommunication nécessite une période de procédé légal. En juin 2016 est arrêté Ernesto Fazzalari considéré alors comme le n°2 de la 'Ndrangheta[16]. En juillet 2017, lors d'une opération d'envergure, la police italienne arrête 116 membres de l'organisation[3]. Le 9 janvier 2018, de vastes opérations policières aboutissent à l'arrestation de 169 mafiosos présumés de la 'Ndrangheta et à la mise sous séquestre de 50 millions d'euros de biens en Italie (158 arrestations) et en Allemagne (11 arrestations)[17].

Activités criminelles

La mafia calabraise ne travaille pas de la même manière que son équivalent sicilien. Cette dernière s’implique dans un grand nombre de trafics alors que la ’Ndrangheta se concentre essentiellement dans sa région en ce qui concerne le domaine financier :

  • Trafic de drogue : Cela ne l’empêche pas, toutefois, de tisser des liens internationaux, en particulier dans le trafic de stupéfiants avec la Turquie, la Colombie, le Mexique et même la Chine pour faciliter l’importation de narcotiques provenant du Triangle d'or. Dès 1970, la ’Ndrangheta importe des stupéfiants en provenance du Maroc. En 1994, la police intercepte 11 tonnes de cocaïne colombienne. En 2005, la DEA (Drug Enforcement Administration) estimait que les calabrais géraient 15 % des 980 tonnes produites annuellement par les cartels colombiens[5].
  • Racket/Collecte du Pizzo : l’extorsion de fonds est l’une des principales ressources financières de la ’Ndrangheta après le trafic de drogue. La collecte du Pizzo procède d’une stratégie plus ou moins élaborée. Bien souvent, le paiement des assujettis aux clans mafieux s’effectue par le biais de la souscription de contrats de gardiennage et de sécurité auprès de sociétés mafieuses à la suite de dégradations et de cambriolages provoqués par ces dernières, pratique parasitaire qui accélère la désertification commerciale de la Calabre et dissuade l’implantation des entrepreneurs dans cette région. Les seuls commerces qui parviennent à profiter de cette situation sont ceux qui sont contrôlés par la ’Ndrangheta[14].
  • Prêt à taux usuraire : la ’Ndrangheta profite également de la réticence des banques à prêter aux petits commerçants et aux entrepreneurs pour imposer à ces derniers des prêts à taux usuraires. Cette frilosité des banques porte ironiquement le sobriquet de « risque calabrais ». L’usure se fait parfois avec la complicité des établissements bancaires locaux : à San Marco Argentano, l’agence locale de la Banca Populare servait de relais pour le recouvrement des prêts usuraires tandis que dans la province de Cosenza, les banquiers proposaient le recours aux usuriers mafieux à leurs clients comme une alternative à leurs propres prestations bancaires[14].
  • Blanchiment d’argent dans l’économie légale : les affaires financières douteuses et le blanchiment d'argent constituent ainsi l’essentiel de ses activités. Les marchés calabrais de grossistes alimentaires font également l’objet d’une importante infiltration mafieuse, notamment en ce qui concerne les circuits commerciaux de l’huile d’olive. Au début des années 1990, la Calabre connut une véritable guerre entre deux clans cherchant à obtenir le monopole sur les subventions de la CEE aux producteurs d’huile d’olive. En décembre 1990, le maire-adjoint de San Lorenzo était exécuté par balles. Il était employé de l’Association provinciale des producteurs ovilicoles (AIPO). En juin 1991, le président de l’AIPO est abattu dans les rues de Reggio Calabria[14].
  • Détournement des subventions européennes et nationales et détournement des marchés publics : Elle opère également au niveau des subventions européennes en détournant des fonds pour l’agriculture. Le Centro Studi Investimento Sociale, après une étude, a constaté que l’organisation avait détourné plusieurs centaines de millions d’euros dans le domaine agricole[14]. La ’Ndrangheta a, par exemple, largement contribué aux retards de construction de l’hôpital de Pizzo Calabro (Sud de la Calabre). Lancé en 1959, ce projet de construction n’a toujours pas abouti alors que plus de 2,5 millions € ont été dépensés en pure perte pour relancer le chantier. L’approvisionnement en matériel médical était de plus entièrement acquis aux clans mafieux : les deux sociétés calabraises qui fournissent les établissements hospitaliers de la région de Reggio de Calabre en gants, seringues et autres équipements médicaux et sanitaires, étant sous influence[14].
  • Prostitution
  • Trafic et immersion de déchets toxiques et/ou radioactifs : la collecte et « fausse-gestion » de déchets est aussi une source importante de revenus pour les clans de la ’Ndrangheta. Ainsi, en 1992, en quelques semaines, trois bateaux transportant respectivement 150 bidons de boue, 120 bidons de déchets radioactifs et 75 bidons de différentes substances toxiques et nocives ont été sabordés au large des côtes calabraises[5].
    Selon les aveux faits en 2005 aux enquêteurs de la Direction nationale antimafia italienne par un repenti, ce sont une trentaine de bateaux qui ont été coulés dans cette même période, permettant aux pseudo-gestionnaires de ces déchets d'empocher les sommes élevées touchées pour évacuer ou traiter ces déchets (bien que théoriquement très strictement réglementés). Selon le repenti, chaque bateau coulé aurait rapporté environ 150 millions de lires (77 000 ), l'assurance se chargeant d'indemniser les propriétaires des navires[5].
    La Ndrangheta, par le biais de sociétés locales, achète aussi des terrains ensuite utilisés comme décharges sauvages. Près de Ciro, des sites miniers désaffectés ont été utilisés par les mafieux calabrais pour cacher des déchets immergés[14]. De même, ils ont aussi illégalement utilisé des grottes sous-marines pour l'immersion de déchets radioactifs[14].
  • Trafic d’armes de guerre : fusils d’assaut et lance-roquettes
  • Enlèvements : activité qui n’est plus pratiquée depuis les années 1980 car n’étant pas assez rentable. En effet, les enlèvements et séquestrations sur un total de 157 personnes n’avaient rapporté que dans les 220 milliards de lires. À cette époque, le trafic de cocaïne semblait beaucoup plus intéressant[6].
  • Trafic de diamants : Afrique du Sud
  • Trafic de plutonium

Économie de la ’Ndrangheta

Il est toujours difficile d'évaluer les gains illégaux[18], mais selon un rapport de l’Eurispes, institut de données économiques, sociales et politiques sur le crime organisé en Italie, la ’Ndrangheta, la mafia calabraise, serait devenue la plus riche et la plus puissante organisation criminelle d’Italie, devant Cosa Nostra. Cette analyse confirme le dernier rapport de la commission parlementaire antimafia et des services de renseignements italien (art 13). Les États-Unis ont décidé d’inscrire sur sa liste noire la ’Ndrangheta comme étant l’organisation criminelle la plus puissante au monde, considérant que la mafia calabraise avait infiltré une grande partie de l’économie américaine.

Toujours selon l'Eurispes, en 2007, la mafia calabraise a gagné 44 milliards d’euros[1]. Ce qui représente 2,9 % du PIB de l’Italie (PIB estimé à 1 535 milliards d’euros). Le revenu annuel de la Holding ’Ndrangheta représente le PIB de l’Estonie (13,2 milliards d’euros) ajouté à celui de la Slovénie (30,4 milliards d’euros).

Le trafic de drogue reste l’activité la plus rentable avec 27,24 milliards d’euros par an (62 % du revenu total). 80 % de la cocaïne en Europe, transite par la ’Ndrangheta en Italie.

Activités illicites Chiffre d’affaires (2007)
Trafic de drogue 27,240 mld €
Entreprises et travaux publics 5,733 mld €
Extorsion et usure 5,017 mld €
Trafic d'armes 2,938 mld €
Prostitution 2,867 mld €
Total 43,795 mld €

Structure

Structure 'ndrangheta
Provinces de la Calabre.

La ’Ndrangheta a une hiérarchie bien précise, comme beaucoup d’entités mafieuses. Jusqu’à récemment, on pensait que son organisation n’était pas pyramidale mais reposait sur une structure horizontale.

La ’Ndrangheta a une structure très imperméable, on y compte moins de repentis que dans les autres organisations criminelles[5].

'Ndrine

La 'Ndrangheta est composée de nombreuses 'Ndrine ('Ndrina au singulier), ou cosche (cosca au singulier), qui sont des petits groupes formés en général autour d'une famille, dont le chef est nommé Capo Bastone[19].

Les 'Ndrine ne sont pas toutes de même ampleur et de même importance. Ainsi, la 'Ndrine Bellocco de Rosarno (Reggio Calabria) par exemple, est l'une des plus puissantes de la 'Ndrangheta[20].

Lorsqu'une 'Ndrina atteint plus de 50 membres, elle peut acquérir le statut de 'Ndrina distaccata, qui lui permet d'étendre son territoire pour autant que le Locale principal l'y autorise.

Ndrine célèbres

Locale

Le regroupement de plusieurs 'Ndrine d'une même région s'appelle il « Locale », il y en aurait environ 166.

Le Locale est composé d'au moins 49 'ndranghetisti et est dirigé par un capo-locale.

Province Nombre de Locale
Province de Reggio di Calabria 73
Catanzaro 21
Crotone 21
Cosenza 14
Vibo Valentia 7

Crimine

En 2010, on découvre qu'au sommet de la ’Ndrangheta, il y a une structure verticale appelée « Provincia » ou « Crimine ». C’est l’équivalent de la « Coupole » (organe de contrôle au sommet de la Cosa nostra). Le chef, appelé Capo Crimine, est élu chaque année au mois d'août lors de la réunion au sanctuaire de Polsi dans la ville de San Luca[21]. Le Crimine est un organe politique et non exécutif de la ’Ndrangheta. Il décide et nomme les chefs pour les territoires éloignés de la Calabre quand il n’y a pas d’accord entre les familles, il établit aussi quels clans font partie de l’organisation et ceux qu’il ne reconnaît pas, il tranche aussi les litiges entre les clans. Il a aussi un tribunal pour juger ceux qui commettent une faute[22].

La ’Ndrangheta reste une organisation horizontale sur le plan exécutif, verticale sur le plan politique. L'équivalent du Crimine est la « cour constitutionnelle » d’un pays. Par exemple, si un clan veut faire des affaires sur un territoire contrôlé par un autre clan, il doit informer le clan en question. Le Crimine intervient dans le cas où il n’y a pas d’accord entre les deux[22].

Rites

L’acceptation au sein du clan, souvent familial, se fait, la plupart du temps, après un acte illégal tel qu’un homicide.

L’organisation calabraise travaille très discrètement. Pour en devenir membre, il faut être né d’une famille de la ’Ndrangheta. Les enfants de 'ndranghetiste sont appelés dès leur naissance, « Jeune d’honneur ». Par un rituel initiatique où le chef de clan coupe les ongles du nouveau-né, on place une clé et un poignard de chaque côté de l’enfant. S’il touche le couteau en premier, cela signifie qu’il sera un 'ndranghetiste ; en revanche si l’enfant touche la clé, il deviendra un magistrat, ou un homme politique corrompu. Le couteau est placé de préférence plus près que la clé[23].

Pour devenir un vrai 'ndranghetiste, il existe un rite, une sorte de baptême. Le battezzando de la 'Ndrangheta, littéralement « le candidat à l’affiliation ». Il possède un nom spécifique, il s’appelle contrasto onorato. Pour comprendre ce que cela signifie, les non-affiliés sont nommés dans le langage de la 'Ndrangheta des contrasti. Ceux qui ne s’opposent pas et qui respectent la 'Ndrangheta s’appellent, eux, des contrasti honorati mais ils ne sont pas affiliés à l’organisation.

À 14 ans, le premier grade de l’affiliation, le piocciotto, s’obtient au cours d’un rituel ancestral, identique depuis des siècles. Il se déroule dans une pièce en forme de fer à cheval. Le chef dirige une très longue cérémonie à la fin de laquelle le battezzando jure de prendre sur lui la lourde responsabilité de faire partie de l’organisation, qui, selon le code, sera supérieure à sa propre famille, à ses enfants et à son sang.

Les réunions de la ’Ndrangheta se font dans un dialecte calabrais et suivent un certain rituel avec des allusions à la loyauté et une apologie de la violence.

’Ndrangheta à l’étranger : internationalisation ou mondialisation

Afrique du Sud

Sur place, l’organisation a investi dans les diamants[6].

Allemagne

En Allemagne, le BND, principal service de renseignement, a lancé en 2006, un avertissement sévère, relayé par le Berliner Zeitung. La ’Ndrangheta calabraise serait à leurs yeux l’organisation criminelle « la plus dangereuse d’Europe ». Elle blanchirait l’argent du trafic de stupéfiants en achetant couramment hôtels et restaurants en Thuringe, en Saxe et sur les rives de la Baltique. Elle aurait également passé des ordres portant sur 9 millions d’euros à la Bourse de Francfort, surtout dans les titres énergétiques, E.ON AG et Siemens en particulier, mais aussi Gazprom dans laquelle elle aurait 3 % du capital[6]. Elle pratique aussi la traite humaine[6].

Dans la nuit du , la violence de la ’Ndrangheta calabraise touche pour la première fois l’Allemagne. Six Italiens âgés de 16 à 39 ans sont abattus à proximité de la gare principale de Duisbourg (Sebastiano Strangio, 39 ans, Marco Marmo, 25 ans, les frères Francesco et Marco Pergola, 22 et 20 ans, Tommaso Venturi, 18 ans, seul né en Allemagne, et un mineur, F. G., 16 ans). Les victimes appartenaient toutes à la famille Pelle-Romeo, qui se livre à une véritable vendetta avec la famille Strangio-Nirta depuis 1991. Cette « guerre », dont l’origine remonterait à une simple dispute entre adolescents lors du carnaval de San Luca, bourgade calabraise de 4 000 habitants, aurait déjà fait 21 victimes. La violence connaît même un nouveau tournant lorsque la femme du parrain Giovanni Nirta, Maria Strangio, 33 ans, est assassinée le jour de Noël 2006[24]. D’après le ministre de l’intérieur italien, Giuliano Amato, cet attentat est le premier de cette ampleur perpétré à l’étranger par la mafia calabraise.

Cet enracinement en Allemagne date de la chute du mur de Berlin en 1989. Pietro Grasso, procureur national anti-mafia, rappelle une vieille écoute téléphonique remontant au jour de la chute de Berlin. Un mafioso téléphonait à un autre : « Va à Berlin-Est et achète. » « J'achète quoi ? », disait l’autre. « Tout, bars, restaurants, immeubles. » Aussitôt dit, aussitôt fait. La ’Ndrangheta s’empare alors de vieux palais à moitié détruits, d’édifices en tous genres, de restaurants. Pour une bouchée de pain. C’est donc avec la chute du Mur que commence l’aventure de la ’Ndrangheta en Allemagne[6].

Après l'arrestation de 11 mafiosos en janvier 2018, les autorités allemandes estiment qu'au moins 400 membres de la 'Ndrangheta se trouvent dans le pays[17].

Amérique du Nord

L’organisation a été signalée au Canada et aux États-Unis dans les États de Floride et de New York. En 2004, le procureur de Tampa de l’État de Floride définit la Ndrangheta de la manière suivante : « Elle est invisible comme l’autre côté de la lune ».

En mai 2008, l’ancien président américain, Georges W. Bush, en s’appuyant sur le Foreign Narcotics Kingpin Designation Act, visant à punir les trafiquants de drogue, l’a rajoutée officiellement sur la liste noire des organisations criminelles les plus dangereuses agissant sur le sol américain.

Australie

En Australie, l’organisation s’adonne au trafic d’armes et d’héroïne, ainsi qu’aux jeux de hasard[6].

Belgique

La ’Ndrangheta a acheté près d’un quartier entier à Bruxelles avec l’argent blanchi de la drogue[25]. Le , 47 personnes ont été arrêtées, accusées de trafic de drogue et de blanchiment d’argent pour l’achat de biens immobiliers à Bruxelles pour 28 millions €. Leurs activités se sont étendues aux Pays-Bas, où de grandes quantités d’héroïne et de cocaïne avaient été achetées par le clan Pesce-Bellocco de la ville de Rosarno et le clan Strangio du village de San Luca[26].

Elle est présente en Belgique également par les activités de détournement de fonds européens[27]

Colombie

Voir Scandale de la parapolitique.

Les Colombiens leur auraient confié un tiers du trafic de cocaïne dans le monde[6]. Reconnaissant la fiabilité financière et « morale » des Calabrais, dès les années 1980, lorsque Cosa nostra commence à décliner sous les coups de la répression, et finit par abandonner la gestion directe de la drogue. Les Calabrais venaient de mettre un terme à leur expérience de séquestrations. Tandis que la « coke » vendue 50 à 100  la dose sur les places européennes, rapportait cent fois plus. « Il n’y a plus un gramme de cocaïne qui ne soit sur les marchés du vieux continent sans la bénédiction de la ’Ndrangheta », dit un enquêteur. Pour ce faire, les Calabrais ont établi en Colombie des rapports directs et exclusifs avec les Forces armées révolutionnaires (FARC) et les Autodéfenses unies de Colombie (AUC) de Salvador Miguel Mancuso, dit El Mono, qui serait d’origine italienne, et qui fait l’objet de 23 mandats d’arrêt internationaux[6].

Europe de l’Est

La présence de la 'Ndrangheta est signalée depuis plusieurs années dans les nouvelles démocraties d’Europe de l’Est : République tchèque, Hongrie et Roumanie notamment. Selon le BND allemand, la pègre calabraise aurait passé accord avec les gangs de la mafia albanaise pour pénétrer ces marchés.

France

En France, l’organisation a investi dans la cocaïne et l'immobilier (notamment à Nice et sur la Côte d’Azur). Elle est aussi présente en région parisienne, à Lyon, Nîmes, Avignon, Saint-Étienne, Clermont-Ferrand et dans le nord de la France par le biais de familles entières[6].

Madagascar

À Nosy-Be, Antsiranana, l'organisation investit dans l'hôtellerie et les pizzerias.

Pays-Bas

Aux Pays-Bas, l’organisation calabraise s’adonnerait au trafic de stupéfiants et d’immigrés et investirait dans l’immobilier[6].

Russie

En Russie, la ’Ndrangheta est présente dans le trafic de drogue, l’immobilier et la contrefaçon de roubles et de dollars. Dès 1993, au moment où la Russie s’ouvrait aux capitaux étrangers, les magistrats de Locri (Calabre) découvraient ainsi un recyclage fabuleux entre Moscou et leurs terres. Des mafiosi étaient prêts à payer comptant une aciérie et une usine chimique à Saint-Pétersbourg avec l’équivalent en roubles de 2 600 milliards de lires prélevées dans une banque allemande[6].

Slovaquie

L'existence de liens entre la 'Ndrangheta, des hommes d'affaires slovaques et le gouvernement slovaque de Robert Fico est suspectée, autour d'affaires de fraude fiscale. La 'Ndrangheta est également la principale organisation suspecte dans l'affaire des meurtres du journaliste Ján Kuciak et de Martina Kušnírová.

Suisse

En Suisse, en plus d'une activité de blanchiment d'argent déployée depuis longtemps[28], l’organisation s’est lancée dans le trafic de cannabis, de cocaïne, d’héroïne et d’armes[6],[29].

Dans la culture populaire

Cinéma
Télévision

Références

Notes et références

  1. a, b, c, d, e, f et g (fr) , sur droitetcriminologie.over-blog.com, (consulté le 17 août 2010)
  2. (it) « digilander.libero.it », sur digilander.libero.it (consulté le 17 août 2010)
  3. a et b Mathieu Ait Lachkar, En Italie, «des milliers de mafieux sont en prison et 12 milliards saisis tous les deux ans», liberation.fr, 7 juillet 2017
  4. (it) ‘Ndrangheta spa, un'azienda da 53 miliardi di fatturato
  5. a, b, c, d, e et f 
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Voir aussi

Autres groupes mafieux en Italie

Il existe une catégorie consacrée à ce sujet : 'Ndrangheta.

Liens externes

  • Duret de Tavel, Séjour d'un officier français en Calabre sur Google Livres, Béchet, 1820

Bibliographie

  • QUÉRÉ S. (2009) La ‘Ndrangheta - Enquête au cœur de la plus puissante des mafias italiennes, Paris, La Manufacture de livres, 181 p
  • Phillip Gwynne, Rush, trad Chloé Petit, Casterman, 2013.